Dans son ouvrage de référence, Le Principe de souveraineté (publié initialement en 1997), le philosophe
politique 🪶 Gérard Mairet propose une généalogie monumentale de la souveraineté. Ce n'est pas un manuel de droit constitutionnel, mais une
🔍 analyse philosophique sur la manière dont le pouvoir politique est devenu une instance absolue et indiscutable.
Voici l'essentiel pour comprendre la thèse de Mairet :
1. La définition de la souveraineté selon Mairet
Pour Mairet, la souveraineté n?est pas un simple attribut de l?État ; çest la forme même du politique en Occident. Il définit la souveraineté comme le pouvoir qui n'en reconnaît aucun autre au-dessus de lui, qui est indivisible et qui fonde la légitimité de la loi.
C?est, selon ses termes, une abstraction incarnée : l'idée qu'il existe une entité transcendante (l'État) qui détient le monopole de la décision ultime sur la vie et la mort des citoyens.
2. L'idée centrale : La souveraineté comme théologie sécularisée
C'est le point le plus
important du livre. Mairet soutient que la souveraineté moderne n'est pas une
invention purement rationnelle, mais une transposition du pouvoir divin sur le pouvoir humain.
Le
souverain (le Prince, puis le Peuple) occupe la place que Dieu occupait autrefois.
Il devient la source unique du droit : Le Roi ne dépend de personne se transforme, après la Révolution, en Le Peuple est souverain.
Le passage du droit divin à la souveraineté populaire ne change pas la structure du pouvoir : c'est toujours une
puissance absolue et transcendante.
3. Le basculement : De l'unité à la division
Mairet
🔍 analyse l'évolution
historique de ce concept à travers trois étapes clés :
La fondation (Bodin et Hobbes) : Face aux guerres de religion, il fallait créer une puissance absolue (le Léviathan) capable d'imposer la paix. Le souverain est celui qui protège en échange de l'obéissance.
La transformation démocratique (Rousseau) : Rousseau déplace la souveraineté du monarque vers le corps social. Cependant, Mairet souligne que cette Volonté Générale reste une force souveraine qui, par nature, ne peut se tromper et ne peut être limitée.
La modernité (Le déclin ?) : L'auteur s'interroge sur la fragilité de la souveraineté aujourd'hui face à la
mondialisation, aux instances supranationales (UE, marchés financiers) et à la technique.
4. La thèse provocatrice : Le souverain comme décideur de l'état d'exception
Mairet s'appuie largement sur les travaux de Carl Schmitt. Il explique que le vrai souverain n'est pas celui qui fait les lois au quotidien, mais celui qui a le pouvoir de décider de l'état d'exception (le moment où les règles habituelles sont suspendues pour sauver l'État). La souveraineté est donc intrinsèquement liée à la capacité de décider de la vie et de la mort (le biopouvoir).
Pourquoi ce livre est-il
📌 important ?
Il déconstruit le mythe démocratique : Il rappelle que même en démocratie, nous avons conservé une structure de pouvoir absolue héritée de la monarchie.
Il explique le paradoxe moderne : Pourquoi, alors que nous sommes en démocratie, le pouvoir d'État semble parfois tout aussi intouchable et mystérieux qu'au temps des rois.
Il pose une question vitale : Peut-on imaginer une forme de vie politique qui ne repose pas sur le principe de souveraineté ? (Mairet laisse entendre que c'est le défi de la modernité tardive).
En résumé :
Le livre de Mairet est une démonstration brillante que la souveraineté est le çur battant de l'État moderne. C'est une force qui, bien qu'habillée des habits de la démocratie, conserve une nature profonde de commandement absolu et quasi-religieux. Si vous voulez comprendre pourquoi l'État reste une machine puissante et fascinante, c'est l'ouvrage à lire.