Le livre d'
🪶 Albert Memmi, Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur (1957), est une
🔍 analyse psychologique et sociologique fondamentale qui explore en profondeur les mécanismes de la domination coloniale et ses effets dévastateurs sur l'identité des deux parties : le colonisateur et le colonisé.
Voici l'essentiel à retenir :
1. Le Cadre Général : Une Déformation Mutuelle et Dialectique
Memmi ne se contente pas de décrire l'oppression ; il montre que la relation coloniale est une dépendance mutuelle et une aliénation réciproque. Ni le colonisateur, ni le colonisé ne peuvent être pleinement eux-mêmes ou libres tant que le système colonial perdure.
C'est une dialectique : l'
existence de l'un dépend de la négation de l'autre, et chacun est transformé par cette relation.
2. Le Portrait du Colonisateur
Pas d'emblée un méchant : Le colonisateur n'est pas nécessairement un
individu intrinsèquement maléfique. Il peut être un aventurier, un opportuniste, ou simplement quelqu'un qui cherche une meilleure vie.
La Transformation en Refusant : Une fois intégré au système colonial, le colonisateur devient un refusant. Il doit renoncer à la lucidité, à la
justice et à l'égalité pour justifier son privilège. Il refuse de voir l'humanité du colonisé, ses droits, et la
violence du système.
La Mauvaise Conscience : Cette position engendre souvent une mauvaise conscience, qui est réprimée par la déshumanisation du colonisé et la légitimation de son propre pouvoir (mission civilisatrice, supériorité raciale, etc.).
L'Enfermement : Il est enfermé dans son rôle, dépendant de la soumission du colonisé pour maintenir son statut et ses avantages. Il perd une part de son humanité et de sa liberté authentique.
3. Le Portrait du Colonisé
La Négation et la Dépersonnalisation : Le colonisé est d'abord nié. On lui refuse son
histoire, sa culture, sa langue, ses droits, et même son humanité. Il est réduit à un stéréotype, un objet, un être inférieur.
Le Dédoublement : Il vit un dédoublement : son moi authentique est brimé, tandis qu'il est forcé d'adopter des comportements et des identités imposés par le colonisateur.
L'Assimilation
Impossible : Le colonisé tente parfois l'assimilation, pensant pouvoir échapper à sa condition. Mais Memmi montre que c'est un piège : le colonisateur n'acceptera jamais une égalité totale, car cela briserait le système. Le bon colonisé est celui qui reste à sa place.
L'Ambivalence : Le colonisé éprouve un mélange
complexe de haine et d'admiration pour son oppresseur. Il peut intérioriser son infériorité, mais cette intériorisation est souvent sous-tendue par une rage sourde.
La Révolte comme Libération : La seule issue authentique est la révolte, la reconnaissance et l'affirmation de sa propre identité, de sa propre culture et de sa propre liberté. C'est en rejetant le cadre colonial que le colonisé peut se reconstruire et se libérer.
L'apport
⭐ majeur de Memmi :
Il met en lumière la complexité psychologique de la relation coloniale, allant au-delà d'une simple description
politique ou économique.
Il montre que la libération doit être totale et concerner les deux parties : le colonisé pour retrouver son intégrité, le colonisateur pour se défaire de ses privilèges aliénants et de sa mauvaise conscience.
Son
📚 oeuvre a été cruciale pour la compréhension des mouvements de décolonisation et reste pertinente pour analyser d'autres formes d'oppression et de domination.
En somme, Memmi offre une cartographie saisissante de l'âme humaine sous le joug colonial, insistant sur l'idée que le système lui-même est la
maladie qui corrompt tous ceux qui y participent.