Dans son livre Very
Important People: Status and Beauty in the Global Party Circuit (2020), la
sociologue 🪶 Ashley Mears propose une immersion ethnographique fascinante dans le monde fermé des soirées VIP ultra-exclusives.
Ayant elle-même été
mannequin, Mears a pu infiltrer ce milieu en tant que « rabatteuse » (promoter) et observatrice participante. Voici l'essentiel à retenir de son ouvrage :
1. Le concept de Girl Capital (Capital féminin)
La thèse centrale du livre est que, dans le milieu de la nuit haut de gamme, le corps des jeunes femmes devient une monnaie d'échange.
Les boîtes de nuit utilisent les mannequins comme un « produit » pour attirer les hommes riches et puissants (les big spenders).
La présence de « belles filles » crée une atmosphère d'exclusivité et de désirabilité qui incite les hommes à dépenser des sommes astronomiques en alcool pour impressionner ces femmes et leurs pairs.
Le corps féminin est ici une ressource exploitée pour générer de la valeur économique pour les propriétaires de clubs et les promoteurs.
2. Une économie de l'ombre
Mears décortique la mécanique du système :
La hiérarchie : Il existe une hiérarchie stricte entre les promoteurs (qui recrutent les filles), les mannequins, et les clients fortunés.
Le travail invisible : Bien que ces soirées paraissent être du pur plaisir, Mears démontre que pour les mannequins, c'est un travail (non rémunéré ou payé en alcool). Elles doivent être « mignonnes, jeunes et minces », être constamment disponibles, sourire, danser et rester agréables, même face à des comportements prédateurs.
Le rôle des Promoters : Ce sont les rouages du système. Ils sont payés à la
commission, basée sur le montant que les hommes dépensent à la table des filles qùils ont recrutées.
3. La
production de la valeur par le statut
Le livre explique pourquoi un verre de vodka peut coûter 1 000 $ dans ces endroits :
Ce n'est pas le coût de l'alcool qui est payé, mais l'accès.
Les hommes riches achètent le droit de faire partie d'un cercle restreint où le prestige est validé par la présence de « beautés » et par la capacité à dépenser sans compter. C'est ce que Mears appelle la «
construction sociale de la valeur ».
4. La précarité derrière le glamour
Mears nuance l'image de la « vie de rêve » :
Le milieu est profondément misogyne. Les femmes y sont traitées comme des accessoires de décoration (on les appelle souvent des « tables » ou des « props »).
Elle souligne la précarité économique des mannequins : souvent sous-payées dans leur
industrie principale, elles se tournent vers ces soirées pour avoir accès à des réseaux, des repas gratuits ou simplement pour maintenir leur statut social, tout en s'exposant à des risques importants.
5. Une
🤔 critique du capitalisme contemporain
Au-delà de la fête, le livre est une
🤔 critique sociologique du capitalisme actuel. Mears montre comment les inégalités de
richesse se cristallisent dans ces espaces :
Les très riches (les 1%) utilisent ces espaces pour se séparer du reste de la société.
Le corps des femmes sert de « lubrifiant social » pour faciliter les transactions entre ces hommes puissants.
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En résumé
Very Important People est une démystification du monde VIP.
🪶 Ashley Mears démontre que ce qui est présenté comme le summum du privilège et du glamour est en réalité un système de travail émotionnel et physique intense, où les femmes sont transformées en objets pour valoriser le statut social des hommes très riches.
C'est un livre essentiel pour comprendre comment le genre, le capital économique et la beauté physique interagissent pour créer des structures de pouvoir dans nos sociétés modernes.