Editorial par Antoine DE TARLE
Barack Obama est un homme réservé et prudent. Il s'est donc bien gardé de s'exprimer, de manière précise, sur ses intentions et ses projets. Néanmoins, on dispose de nombreux éléments pour apprécier sa personnalité et définir le climat politique qui a permis son élection. La presse américaine a longuement décrit son parcours hors du commun et des études détaillées ont analysé son électorat et celui du nouveau Congrès. Il est donc possible d'esquisser, aujourd'hui, le cadre dans lequel il va agir à partir du 20 janvier.
Il convient de souligner d'abord que l'opinion publique américaine est parfaitement consciente de l'ampleur des défis qu'affronte le nouveau Président. Celui-ci hérite ¯ de l'administration Bush ¯ de deux guerres à l'issue incertaine, et de la crise économique la plus grave depuis 1929. D'ailleurs, 62 % des électeurs considèrent que l'économie est le problème majeur du pays, loin devant l'Irak (10 %). C'est sans doute la raison principale du vote en faveur d'Obama, jugé plus capable que McCain d'agir rapidement et efficacement pour enrayer la débâcle de la finance et de l'industrie américaines. Il est donc certain que le nouveau Président donnera la priorité au redressement de l'économie et reportera à une période plus favorable des réformes importantes, comme la généralisation de la couverture santé. En revanche, il est probable que, pour soutenir la conjoncture économique, il lancera des grands travaux, afin de rénover les infrastructures vieillissantes du pays ¯ routes, ponts, aéroports et voies ferrées ¯ dont l'État s'est désintéressé depuis trente ans.
Sur les questions de société qui ont agité l'opinion publique américaine, comme le mariage des couples homosexuels ou le droit à l'avortement, Obama fera preuve d'une grande prudence. Il ne peut oublier que, s'il a remporté une nette victoire, avec 52 % des suffrages, il n'a pas pour autant écrasé les républicains qui ont perdu moins de sièges que prévu au Congrès et au Sénat. Au surplus, les nouveaux élus démocrates sont assez conservateurs et reflètent bien une opinion centriste qui souhaitait le changement, mais pas de bouleversements spectaculaires.
Enfin, sur le plan international, il ne faut pas confondre l'adoption d'une nouvelle attitude en politique étrangère avec un rapprochement avec l'Europe. Contrairement à ce que pensent certains observateurs, le président Obama suivra une ligne très différente de celle de Bush ; il essaiera d'extraire son pays de la très coûteuse guerre en Irak ; il s'investira, plus que son prédécesseur, dans le conflit israélo-palestinien et il nouera des contacts avec l'Iran. En revanche, il sera d'autant moins enclin à s'engager dans un partenariat avec l'Europe que celle-ci est incapable de parler d'une seule voix.
En bref, la politique d'Obama sera centriste, loin des dérives extrémistes de l'administration Bush, mais loin aussi des voeux de la gauche du parti démocrate. C'est sans doute ce que souhaite, très majoritairement, le peuple américain, désireux de retrouver une forme d'unité autour d'une classe moyenne qui a été laminée depuis huit ans.