Musées de NANTES dans l’histoire et dans le monde
Dans un contexte de rapprochement entre les deux métropoles (qui débouchera peut-être bientôt sur la création d’une liaison maritime) après visite de BILBAO et de son musée GOUGGENHEIM, convaincus par l’exemple de l’ « intérêt de créer dans la Communauté urbaine de NANTES, un pôle culturel d’une aura internationale », nos élus s’interrogeaient « est ce que ce sera un site prestigieux ou plusieurs pôles répartis sur le territoire ? » (Presse-Océan, 8 mars 2003).
Puisque gouverner, c’est prévoir, réjouissons-nous que nos édiles se préoccupent du développement à venir de l’agglomération et, comme BILBAO, pour combler les vides des friches industrielles, notamment les constructions navales, de privilégier la Culture. Mais quelle culture ( ?) sinon celle qui respecte les us et coutumes, les rites et mentalités, les styles et expressions, émanations spontanées d’un peuple. Pour autant il ne s’agit pas d’un conservatisme stagnant mais d’une évolution dynamique. « la culture ne s’hérite pas, elle se conquiert !» disait Malraux. Il faut cultiver notre jardin et nous montrer dignes de l’héritage que l’on assume et auquel on rend grâce. Mais débaptiser, vouloir changer les identités, voire le calendrier … toutes ces provocations passées ou malheureusement actuelles, sont toujours de sinistres provocations. Peut-on se dire respectueux du patrimoine lorsque l’année du centenaire du « BELEM » on débaptise le quai Ferdinand CROUAN, son armateur !
L’expérience, cette lanterne qui n’éclaire que le chemin déjà parcouru, nous a montré bien des fois que le cheminement du désir à la réalisation est souvent plein d’embûches. Un musée du Mouvement Surréaliste, dont NANTES avait été le creuset, ne se fera pas puisque l’héritage d’André BRETON vient d’être dispersé aux enchères.
Les années précédentes ont été dispersées également de superbes collections privées de porcelaines de Chine et de la Compagnie des Indes qui, réunies, auraient pu constituer un musée unique au monde en partenariat, par exemple, avec celui de la Citadelle de PORT-LOUIS.
Récemment le Conseil Général a lancé l’idée d’une Mémoire des Navigations Maritime et Fluviale, avec rencontre des deux patrimoines. NANTES, pas plus que BILBAO, n’a l’exclusivité d’être une ville-port d’estuaire. Depuis les dix royaumes Atlantes, de Gibraltar à Héligoland , des centaines, de villes-ports de toute dimension , passées ou encore actives ont été recensées et , ce , sur notre seul Arc Atlantique ! L’idée est cependant intéressante à plus d’un titre :
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Même s’il ne pouvait se prétendre unique au monde, un tel musée pourrait trouver sa place dans l’Ile Sainte Anne, voire en y adjoignant les canaux de la Basse Loire, de Nantes à Brest …..dans un autre site : la Martinière ou Paimboeuf ?
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Un aspect positif de ce projet est de faire revenir le regard des Nantais vers leur port . Applaudissons aussi à la résurrection des « roquios » même si ce n’est que sur les seuls bras de Loire restants.
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Enthousiasmante aussi la perspective d’escales de paquebots de croisières qui devraient trouver place sur le quai des Antilles entre le pont des Trois Continents et le duc d’albe à la pointe de l’Ile Sainte Anne, face à l’extrémité sud du Sillon de Bretagne, dominé par la Bonne Mère Sainte Anne « Patronne des corsaires, grands marins, héros légendaires » et à côté le petit musée Jules Verne qui n’a que le mérite d’exister ….
Mais NANTES peut et doit mieux faire ; aussi ce serait l’aubaine pour implanter là, près du débarcadère, un musée des Explorateurs et Grands Voyageurs Bretons. Ce rêve de Bernard LE NAIL, ancien président de l’Institut Culturel de Bretagne, dont Stéphane PAJOT résumait le livre dans Presse Océan du I8 mai 1998, I96 grandes figures dont Jules VERNE, recensées : marins au long cours, aventuriers, et, pour certains, fondateurs de DAKAR ,LIBREVILLE, SAINT JOSEPH du MISSOURI , SAINT LOUIS de MARANHAO et d’autres grandes villes du monde . Car son prestige et son rayonnement, NANTES les doit plus à l’imagination et au dynamisme des enfants de sa Région qu’à son patrimoine architectural !
Mieux encore NANTES possède depuis toujours « ce site prestigieux unique au monde qui, au plan culturel doit bénéficier d’une aura internationale », c’est le creuset originel de la cité qui semble, à l’évidence, répondre totalement à cette demande.
Au confluent du bras nord de la Loire et de l’Erdre, dans une zone plane plutôt marécageuse , où naquit le « CONDEVINCON » des Namnètes qui deviendra « PORTUS NAMNETUM » à l’époque gallo romaine, lieu où, après le martyr des enfants Nantais DONATIEN et ROGATIEN, sera édifiée une première église au quatrième siècle et qui verra se succèder les plus prestigieux et imposants monuments.
« Le plat pays qui est le mien Avec des cathédrales pour uniques montagnes »
Deux cents ans plus tard, l’évêque Saint FELIX y bâtissait la première cathédrale avec « son autel de marbre si somptueux que même à Rome on n’en vit jamais de semblable » disait FORTUNAT.
C’est à cet autel que Saint GOHARD sera décapité par les Vikings en 843. Même arasé et envahi de ronces, ce site séduisit encore Alain BARBE TORTE, après sa victoire sur les Vikings, sur les rives de l’Erdre . Il s’attela à le rebâtir, releva la cathédrale, y adjoignit son palais-donjon au Bouffay et décida d’en faire sa capitale en 957.
En 1090, une nouvelle cathédrale romane sera l’oeuvre de l’évêque Benoist de CORNOUAILLES.
Les châteaux des DUCS de BRETAGNE furent toujours les cadets des cathédrales. Alain BARBE TORTE avait cédé à l’évêché, la cathédrale et tous les terrains autour surtout au sud jusqu’à la Loire.
Ses descendants se construiront un autre palais forteresse au Bouffay. Le 13ème siècle sera marqué à NANTES, par des conflits répétés entre le pouvoir ducal et l’épiscopat. Guy de THOUARS creuse d’énormes fossés à l’est et au sud de la cathédrale dans les jardins et les vignes de l’évêque et du chapitre… . Son gendre Pierre de DREUX édifie le château de la TOUR NEUVE à l’emplacement du château actuel. Entre excommunications et repentirs successifs, il gagnera son surnom de « MAUCLERC » : sa forteresse servira de prison, entre autres, pour Gilles de RAIS … et verra naître ANNE DE BRETAGNE le 26 janvier 1477. Il n’en persiste guère aujourd’hui que la Tour Polygonale dans la cour du château.
La 3ème cathédrale, gothique, sera envisagée dès I4I5 par l’architecte Guillaume de DAUMMARTIN … L’évêque Jean de MALESTROIT posera la première pierre le 14 avril I434 avec le Duc JEAN V et ses deux fils, les futurs ducs FRANCOIS Ier et PIERRE II. Cette cathédrale actuelle ne sera achevée et inaugurée qu’à Noël I89I par Monseigneur LE COCQ …. !
Ce n’est qu’en I466 que FRANCOIS II ordonnera la construction du nouveau château. Les deux édifices étant confiés au même architecte Mathelin RODIER.
FRANCOIS II puis sa fille ANNE affirmaient ainsi la souveraineté de leur Duché face au royaume de France. Le château forteresse, dont la puissance impressionna tant Henri IV, n’a jamais pu être pris par les Français. A l’intérieur, c’est un palais élégant et raffiné qui servit d’écrin à l’une des cours les plus cultivées des I5ème et I6ème siècles, sous FRANCOIS II et ANNE de BRETAGNE.
Une aura supplémentaire peut venir magnifier ce riche passé historique et la beauté majestueuse des lieux dans la mesure où trois experts, Britanniques de surcroît, pensent pouvoir situer à NANTES, à moins de IOO kilomètres de la forêt de BROCELIANDE, l’emplacement possible du mythique château de CAMELOT où ARTHUR tenait sa cour et où siégeaient les Chevaliers de la Table Ronde. Viennent à l’appui de cette hypothèse les écrits de CHRETIEN de TROYES qui, au I2ème siècle séjournait dans le site de l’actuel château de VAIR en ANETZ. Il célèbre dans un roman, « EREC et ENIDE », couronnés par ARTHUR lui-même, dans la cathédrale de NANTES.
Dans « Le Roman de PERCEVAL ou le Conte du GRAAL », nous sont contées les aventures fantastiques de GAUVIN, neveu d’ARTHUR. Celui-ci quitte le château du Roi Pécheur et l’Abbaye de SAINT FLORENT où CHARLEMAGNE aurait déposé le GRAAL. Il traverse la LOIRE en barque. Ses aventures se poursuivent dans des lieux dont la toponymie se retrouve encore aujourd’hui aux alentours de VAIR. ( château de VERRE selon le jeu de mots clé du Roman de CHRETIEN de TROYES ), en effet le château de la MERVEILLE avec ses vitres féériques , permettait de suivre l’évolution des personnages, à l’intérieur par transparence.
L’intérêt de ce site annexe serait immense et attirerait, du monde entier, aux châteaux de NANTES, de VAIR, à SAINT FLORENT et autour de BROCELIANDE, tous les passionnés du cycle arthurien. Rendons grâce pour la restauration des bâtiments du château des DUCS de BRETAGNE ainsi que de la Cathédrale : Merci à ceux qui l’ont permise, financée et réalisée. Félicitations pour l’idée de création dans le château, magnifique écrin, d’un lieu de convivialité …
Il faut se rendre à l’évidence : le prestige de « ce site unique au monde qui, au plan culturel, doit bénéficier d’une aura internationale » est dû à la richesse de sa longue histoire ; il ne peut être question d’amputer celle-ci. Pour être logique et pédagogique, le musée de l’Histoire de NANTES en projet, doit la prendre en compte depuis les origines et pas seulement après la perte de l’Indépendance Bretonne !
Qu’il y ait, bien sûr, une salle prévue sur le Commerce Triangulaire, soit ! mais il faut que le public sache, qu’à la même époque NANTES était le plus grand port du monde occidental. Dès le I6ème siècle, la flotte marchande de Bretagne, forte de plus de 8OO navires de commerce, avait beaucoup stimulé la convoitise des Français qui n’en possédaient pas IOO ! C’est aussi à ces siècles « coloniaux » que NANTES doit ses riches collections d’essences rares : arbres et fleurs, acclimatés au Grand Blottereau, au Jardin des Plantes, mais aussi dans des propriétés périphériques de capitaines ou d’armateurs. La population locale en bénéficie depuis 2 ou 3 siècles : héritage de tout ceci, sont les titres de Cité Verte, Ville Fleurie, sans oublier les Floralies Internationales qui font l’orgueil des Nantais et le bonheur des visiteurs depuis des décennies (Les 9èmes qui débuteront bientôt, seront dédiées aux FLEURS d’AVENTURES).
De cette grande période coloniale qui culmina au I8ème siècle, ont dérivé aussi
- Les raffineries de sucre : Say, Chantenay - Les biscuiteries industrielles nées de la confection des biscuits de mer : LU (I886), BN (I896). - Les brasseries - Les conserveries à partir de la pêche côtière et des cultures maraîchères
Alors pourquoi ne pas créer dans l’Ile Sainte Anne, par exemple, non loin des sites de LU, de la BN, de SAY, du MIN, un musée de l’agro-alimentaire ; résurrection, d’une certaine façon, du Musée des SALORGES créé en I927 par les conserveurs Louis et Maurice AMIEUX, dans le bâtiment de la première usine de conserves au monde, Joseph COLLIN. Bâtiment sinistré lors du bombardement du port le 23 septembre I943 au matin dont la façade originale avec sa grande verrière, témoignait de l’architecture industrielle de la fin du I8ème siècle et n’a pu, hélas, être restaurée. Ce musée annexé en I954, dans le cadre des musées du Château des Ducs de Bretagne, est condamné, dans l’actuel projet officiel, à disparaître aux oubliettes.
Il est question, dans un secteur connexe, d’un projet de « TINS ‘ART » de musée de la boite de conserves, qui pourrait se réaliser, dans ce qui fut l’imprimerie de JJ CARNAUD, à Basse-Indre, sur le site actuel d’Arcelor Packaging International ?
Pour revenir au Musée principal « MUSEE de NANTES dans l’Histoire et dans le Monde », implanté dans le site prestigieux du Château des Ducs de BRETAGNE, il est essentiel, en ce XXIème siècle (où le devoir de mémoire est trop souvent détourné de son sens par une ignorance sans précédent du passé) qu’il offre un survol chronologique complet des origines à nos jours :
-Préhistoire, Atlantes … - Proto-Celtes des Mégalithes … route de l’Etain … - Celtes, Namnètes … - Epoque Gallo-Romaine … - Bretagne des Rois … - Invasions Vikings … - Période Ducale : d’Alain BARBETORTE aux derniers (JEAN V promoteur de la cathédrale actuelle) et ses fils … - Puis son frère ARTHUR III, époux de la Bienheureuse Françoise d’Amboise, fondatrice du Carmel des COUETS. - Enfin FRANCOIS II et sa fille Anne de BRETAGNE … - L’époque coloniale avec le commerce triangulaire … - La Révolution Française et les Noyades de CARRIER … - la révolution industrielle des I9ème et 2O ème siècles… - les deux grandes guerres mondiales : NANTES et les bombardements, NANTES compagnon de la Libération… .
Pour être complet, il faudra prévoir des espaces évocateurs des corsaires, pirates, navigateurs… renvoyant aux musées annexes, évocateurs aussi du cycle arthurien… servant d’introduction aux sites de VAIR, de BROCELIANDE et d’alentours, puis organiser des jumelages et des circuits de visites couplées.
- avec le musée DOBREE, qui conserve le reliquaire du coeur d’ANNE de BRETAGNE - avec le château de VAIR, et les sites de BROCELIANDE pour le cycle Arthurien, - avec SUSCINIO qui, restauré depuis une dizaine d’années, demeure la seule résidence ducale d’été, - avec les autres musées thématiques annexes… ci-dessus proposés.
De cette réponse cohérente à l’interrogation initiale de nos élus, se dégage une morale : nul ne peut aller contre la nature, aucune idéologie ne peut inverser le cours de l’Histoire… NANTES est et reste la cité des DUCS de BRETAGNE, c’est son âme indestructible à qui elle doit son identité, son aura unique au monde, en dépit des dévastations des Vikings, des bombardements ; des décideurs iconoclastes qui ont, entre autre, ensablé la Venise de l’ouest mais aussi trahi le testament d’ANNE léguant son coeur à sa bonne ville de NANTES « parmi ce peuple que j’ai tant aimé pour qu’il demeure en terre Bretonne ».
Mais un intérêt non négligeable de ce projet tel qu’exposé dans sa globalité (qui peut et doit être encore étoffé…) serait de permettre pour ce noyau du NANTES historique (Remparts du XIIIé, cathédrale, Château, Porte Saint-Pierre, Psalette…) de déposer une demande d’inscription au patrimoine mondial de l’humanité auprès de l’UNESCO.
A l'Institut Culturel de Bretagne, conscience a été prise qu’hormis le Mont Saint Michel, aucun site armoricain n’avait jusqu’alors été retenu. Or, combien de sites bretons peuvent y prétendre… ? L’élaboration d’un tel dossier demande temps et moyens ; la concurrence peut s’avérer rude, les nominations sont parcimonieuses et rarement groupées sur une seule région…… mais les retombées seraient loin d’être négligeables.
Il apparaît donc urgent de réaliser une union sacrée de tous les Nantais motivés par ce projet tant au plan culturel qu’au plan économique.
Daniel DURAND
Membre de l’Institut Culturel de BRETAGNE Président de la Chorale ANNA VREIZH 2003
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