Saint Cado, fils du roi de Glamorgan et de Gladuse, soeur de saint Ninnoc, fonde le monastère de Lancarvan au Pays de Galles. C’est au retour d’un pèlerinage à Rome au Vie siècle que, chassé de son pays par les Saxons, il vient s’installer en Bretagne sur un îlot de la rivière d’Etel.
Selon la légende, il commence par « purger l’île envahie par les serpents à l’aide de prières » et pour la rendre accessible aux nombreux fidèles qui viennent, il entreprend de construire une chaussée menacée sans arrêt par la mer. Saint Cado découragé accepte l’aide du diable qui lui propose de reconstruire le pont en une nuit à condition de lui donner le premier être vivant à passer dessus. Saint Cado sort le lendemain matin de son ermitage et laisse s’échapper de son manteau un chat qui traverse le pont. Satan, trompé, veut démolir son ouvrage. Saint Cado se précipite sur lui pour l’en empêcher mais son pied glisse sur le rocher en laissant une marque. Depuis, une croix a été plantée sur ce rocher situé devant la jetée. Quelques années plus tard, le saint rentre dans son pays pour continuer sa mission évangélique. Nommé évêque de Benaven, il meurt percé par la lance d’un soldat saxon et fait martyr en 490. Certains situent Benaven en Italie et d’autres en Grande-Bretagne.
Un monastère est fondé en 1089 sur les ruines de l’ermitage de saint Cado par les bénédictins qui resteront dans l’île jusqu’à la Révolution. Dès le Moyen Âge, la chapelle de Saint-Cado devient un lieu de pèlerinage très recherché. Dans l’imagerie populaire, saint Cado est représenté chassant les serpents ou en évêque, le corps percé d’une lance, ou encore traversant le pont avec le diable (Saint Cado, 1863, bois coloré au pochoir sur papier, édité à Rennes par Charles Pierret dans le style des images d’Epinal (collection des archives départementales du Morbihan).
Le culte de saint Cado
Le culte de saint Cado est très populaire en Bretagne. On trouve des statues de saint Cado dans nombre de chapelles (Mendon, Carnac, Baden, Ploërmel, Josselin, Melgven, Gouesnach et Carnoët, Plouguerneau , Loudéac, Peumerit...).
Le pardon de Saint-Cado est réputé pour guérir la surdité ou pour s’en préserver.
Dans la chapelle de Saint-Cado, les pèlerins posaient leur tête sur le bloc de pierre appelé « autel » ou « lit de Saint-Cado ». En 1351, les chevaliers bretons du fameux combat des Trente, entre Ploërmel et Josselin, se recommandèrent pieusement à saint Cado. Dans le Barzaz-Breiz (I-331), Hersart de la Villemarqué raconte leur prière :
« Seigneur saint Cado, notre patron, donnez-nous la force et le courage, afin qu’aujourd’hui nous vainquions les ennemis de la Bretagne... Il n’eut pas été l’ami des Bretons celui qui n’eut pas applaudi dans la ville de Josselin en voyant revenir les nôtres avec des fleurs de genêts à leurs casques ; il n’eut point été l’ami des Bretons, ni des saints de Bretagne non plus, celui qui n’eut pas béni saint Cado, patron des guerriers du pays..., qui n’eut pas chanté : Au paradis comme sur la terre, saint Cado n’a pas son pareil ».
Une peinture d’Octave Penguilly L’Haridon (1811-1870) représentant le Combat des Trente est présentée dans les salles du musée des beaux-arts de Quimper.
La chapelle de Saint-Cado
Située près d’Auray, la chapelle de Saint-Cado est construite sur un des îlots de l’estuaire de la rivière d’Etel. Une solide digue relie l’île à la terre et remplace la simple chaussée de pierre de saint Cado. La chapelle actuelle est constituée d’une partie romane composée d’une nef et d’une abside circulaire en cul-de-four datant du XIIe.La façade occidentale présente un porche en plein cintre surmonté d’un oculus qui éclaire une tribune intérieure. La chapelle sud, surmontée d’un clocheton, est presque aussi grande que la nef et date de 1842. A l’intérieur, la statue du saint évêque et le lit de saint Cado témoignent de la survivance du rituel voué au saint.
Le pardon de Saint-Cado
Les pardons sont des fêtes populaires en Bretagne liées à la dévotion d’un saint dans un sanctuaire. On vient au pardon pour le rachat de ses péchés, demander une indulgence ou obtenir une guérison.
La fête religieuse animée par une foi profonde va se poursuivre dans une fête profane où les réjouissances sont ancrées dans les traditions locales.
Le pardon de la chapelle de Saint-Cado se déroule le troisième dimanche de septembre. C’est l’un des derniers pardons de la saison dans le Morbihan après celui de Carnac dédié à Saint Cornely et du grand pardon de Sainte-Anne-d’Auray distant d’une quinzaine de kilomètres. Le charme pittoresque de l’île attire chaque année une foule de plus de 2 000 pèlerins. On y vient de tout le diocèse de Vannes et même des diocèses voisins par voie de terre ou par bateau. Les évêques de Vannes prouvent à plusieurs reprises leur attachement à la dévotion de saint Cado en offrant des bannières et en venant prier dans la chapelle.
A la fin du XIXe, le pardon durait toute la semaine et le dernier dimanche était réservé aux Vannetais. Ce jour-là, la procession partait de l’église paroissiale de Belz pour rejoindre sur la place du village celle qui partait de l’île. Les deux processions se dirigeaient ensuite vers la chapelle au chant des cantiques. La grand-messe était célébrée dans la chapelle de Saint-Cado qui ne pouvait contenir qu’une toute petite partie de la foule. Un grand nombre de pèlerins devait rester prier à l’extérieur à l’ombre des chênes. Après la célébration des vêpres en plein air, la procession faisait le tour de l’île précédée par la statue de saint Cado et le bateau votif porté par des marins.
Dans la légende celtique, Hersart de la Villemarqué donne une description du pardon de Saint-Cado qui ne manque pas de pittoresque :
« Le pont est trop étroit pour la foule qui l’envahit, l’église surtout trop petite pour la contenir, et le plat-site, planté de chênes qui l’ombrage, se convertit en une autre église. Que dis-je ? C’est l’île entière qui devient le temple du saint, quand mitre en tête et crosse en main, porté sur les épaules de quatre matelots morbihannais, précédé par son vieux drapeau et sa croix d’argent rayonnante, suivi par un petit navire, souvenir de celui qui le conduisit en Armorique, il fait le tour de ses domaines, au son des cloches, au chant des cantiques et au tressaillement des vagues, bénissant les vergers et les jardins qu’il cultiva lui-même, et qu’il a tant de fois bénis. Agenouillés sur son passage, les femmes, les enfants, les vieillards implorent sa bénédiction, tandis que dans l’intérieur de la chapelle, presque déserte un moment, quelque pauvre soldat breton de notre armée française, revenu perclus de la guerre d’Orient, se fait coucher sur le lit de pierre où dormait le soldat du Christ, pose la tête sur l’oreiller de granit où il posait la tête, le coeur à l’endroit où battait le coeur de l’ami des guerriers de Bretagne, et demande au saint évêque martyr la guérison, s’il plaît à Dieu, ou 'la patience dans la douleur pour mériter le paradis'.
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